Dans un monde de plus en plus polarisé et centré sur l’individualisme, se rappeler de ses origines et reconnaître les personnes qui ont contribué à nos réussites relève, pour certains, d’un exercice presque impossible. Cela peut être perçu au mieux comme une contrition superflue, au pire comme une atteinte à l’ego.
Les personnalités égocentriques ou narcissiques ont toujours existé dans toutes les strates de la société. Toutefois, l’émergence de nouveaux médias, offrant une communication libre et souvent décomplexée, amplifie ce phénomène et engendre des situations parfois déroutantes.
Il est devenu courant de voir des individus revendiquer leur succès comme le fruit d’un parcours solitaire, sans soutien de proches, de mentors ou de personnes bienveillantes. On exclura ici les privilégiés nés avec des avantages considérables, pour se concentrer sur la majorité de la population.
L’ambition, en soi, est une vertu. Elle permet de se dépasser, d’élargir ses horizons et de trouver des réponses à des enjeux majeurs. Mais lorsqu’elle conduit à nier tout appui extérieur et à revendiquer un parcours exclusivement autodidacte, elle se transforme en déni de reconnaissance et en manque d’empathie envers ceux qui ont accompagné ce cheminement.
Dans le cadre professionnel, il est extrêmement rare qu’un individu puisse se prévaloir d’un succès entièrement construit seul. Derrière chaque carrière, chaque projet ou chaque entreprise se trouvent des soutiens – supérieurs hiérarchiques, proches, investisseurs ou mentors – qui, à un moment ou à un autre, ont contribué de manière décisive.
Réécrire l’histoire à son avantage n’est pas nouveau. Mais le manque de reconnaissance affiché par certains « self-made men » ou « self-made women » demeure regrettable. Le succès durable repose presque toujours sur un travail collectif. Certains influenceurs connaissent certes des réussites personnelles éclatantes, mais rarement inscrites dans le temps ou dans une logique de partage.
L’entreprise constitue un formidable terrain d’expérimentation et de développement, mais elle obéit à des codes qu’il convient de comprendre et de respecter. L’audace permet parfois de se démarquer, mais lorsque la compétence et la constance ne suivent pas, la chute est souvent brutale.
Savoir d’où l’on vient, comprendre la culture de l’organisation, bénéficier du soutien de sponsors ou de collaborateurs bienveillants : autant de facteurs essentiels pour construire une carrière pérenne, bien au-delà des « coups d’éclat » passagers.
Tout au long d’une trajectoire professionnelle, chacun rencontre des figures bienveillantes : un manager qui croit en nous, un collègue qui soutient, un mentor qui conseille, ou encore un proche qui encourage. Ces personnes offrent des opportunités, stimulent et accompagnent. Reconnaître leur rôle et leur rendre hommage ne diminue en rien nos propres mérites ; cela témoigne au contraire de notre gratitude et de notre lucidité.
Le monde regorge d’ambitieux qui oublient que leurs succès sont souvent le fruit d’une combinaison entre efforts personnels, circonstances favorables et appuis extérieurs.
J’aime rappeler cette formule : « L’ambition, c’est comme des échasses : elle élève l’homme, mais ne le grandit pas. »
Bonne lecture et à bientôt.