La croissance fait partie intégrante de l’ADN de l’être humain dès sa naissance, tant sur le plan physique que psychique. Il peut donc s’avérer particulièrement difficile de canaliser cet élan tout au long de la vie, et plus encore dans le cadre professionnel.
Une croissance mesurée, organique et structurée constitue l’un des piliers fondamentaux de notre monde économique. La majorité des spécialistes en soulignent d’ailleurs l’importance pour la stabilité des marchés ainsi que pour l’équilibre des économies nationales et internationales. Il est, par ailleurs, légitime et sain d’aspirer à progresser, à se développer et à explorer de nouveaux horizons.
Cependant, depuis plusieurs décennies, nous assistons à une croissance de plus en plus désordonnée et exponentielle, fondée sur des modèles économiques qui ne sont plus nécessairement en phase avec les impératifs de durabilité ni avec les attentes des consommateurs et des citoyens.
Ce phénomène s’accompagne d’un affaiblissement des relations commerciales et d’une violation de plus en plus manifeste des principes élémentaires de bonne gouvernance. Rien d’étonnant à cela lorsque l’on observe la fuite en avant de grandes puissances économiques, dont les déséquilibres budgétaires abyssaux semblent aller de pair avec des ambitions expansionnistes démesurées.
Est-il encore possible de faire évoluer ce modèle sans courir à la catastrophe ? En théorie, oui. En pratique, cela suppose de réunir de nombreuses conditions que nombre d’acteurs, qu’ils soient privés ou étatiques, ne semblent pas disposés à respecter.
Autrement dit, il existe une « bonne » et une « mauvaise » croissance, et force est de constater que la seconde tend aujourd’hui à supplanter la première. Selon les principes classiques de la gestion économique, celui qui ne progresse pas ne stagne pas : il régresse.
Pourtant, d’autres modèles existent, tout comme des pratiques de gouvernance vertueuses, même si la notion de croissance mesurée paraît parfois être devenue un tabou dans certains cercles initiés. Nous portons tous une part de responsabilité : les producteurs focalisés sur les volumes, les consommateurs qui en veulent toujours plus à moindre coût, les actionnaires obsédés par les plus-values et les rendements à court terme, et les États qui complexifient les accords commerciaux par une accumulation de taxes, d’impôts, de restrictions et de barrières diverses.
La croissance mesurée est pourtant bien réelle. On la retrouve fréquemment au sein des PME, qui poursuivent des objectifs différents de ceux des grands groupes et relèvent d’autres défis : offrir des services de qualité à des prix raisonnables, maintenir des emplois stables et fidéliser une clientèle satisfaite. Certes, présenté ainsi, ce modèle ne fait pas rêver les plus ambitieux. Il n’en demeure pas moins que l’addition de ces PME respectées et respectables constitue le socle de la stabilité des marchés locaux et régionaux, et, in fine, des États eux-mêmes.
Les économies mondiales et régionales sont complémentaires, et une croissance modérée, clairement encadrée, est porteuse de perspectives positives et durables.
Ce sont finalement certains populismes, conjugués aux rhétoriques guerrières de quelques États et gouvernements, qui fragilisent un équilibre économique déjà précaire. Dans leur grande majorité, les citoyens n’en demandent pas tant : ils aspirent simplement à vivre dignement, en contribuant directement ou indirectement à l’économie de leur pays et de leur région.
Cela me rappelle une remarque d’un ancien professeur : « Ne donnez jamais des allumettes à des intellectuels de haut vol, ils risqueraient de mettre le feu à toute la maison. » Nous n’en sommes, hélas, pas si loin. Mais gardons espoir.
Bonne lecture et à bientôt.